L’annonce

Je l’accompagne vers la sortie du cabinet. Une poignée de main ferme et chaleureuse,un dernier mot d’encouragement et la porte se referme derrière lui.

J’ai le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur ou plus exactement que je ne serai jamais suffisamment à la hauteur dans ce type de circonstances, penser différemment serait utopique .

J’ai pourtant un peu d’expérience, j’ai accompagné beaucoup de malades, et les cancers curables ou non, me sont malheureusement professionnellement « familiers ».

« La consultation d’annonce » … cette expression m’est désagréable.

Le bilan que mon patient vient de me montrer, associé aux résultats de biopsies que j’ai reçus de mon côté est parfaitement lisible, même pour un non médecin.
... cellules …, localisations secondaires, envahissement de…,

J’ai écouté mon patient, nous avons échangé longuement, je l’ai examiné, mais ce qu’il me demandait se résumait ainsi :
« Docteur, dites moi la vérité, puis je guérir ? »

J’y ai mis les formes, avant de donner ma réponse. Une réponse enrobée ou plutôt adaptée au patient qui était devant moi, que j’ai délivrée avec le moins de brutalité possible, intercalée par des mots importants « soins », « rémission« … mais une réponse honnête que je résume ici :
« Non »

Bien sur il y a eu d’autres questions, notamment sur le temps, la fin, la manière de…

Alors lorsque je raccompagne ce patient, j’espère que mes messages auront été bien compris, et l’aideront… et il sait que je suis à sa disposition pour l’accompagner…

Le « parler vrai » a toujours été mon crédo, et j’espère que mes patients en ont reçu un bénéfice.
Parler vrai n’est pas obligatoirement synonyme de brutalité, même si au final l’information essentielle ne peut qu’être traumatisante. Le parler vrai est pour moi avant tout synonyme de respect.
Certains confrères, ou aidants ont tenté d’infléchir cette attitude, m’accusant parfois de cynisme, mais je ne partage pas ces théories discutables du type « l’espoir fait vivre« , « on peut guérir avec des pensées positives »

L‘article de Catherine Cerisey que je viens de lire est très intéressant et apporte un éclairage sur une partie des questions soulevées ci dessus.

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5 réflexions au sujet de « L’annonce »

  1. Bonjour

    Merci beaucoup pour ce billet et pour la mention. Quand il s’agit d’humain et de vie et de mort, les choses sont forcément difficiles. On oublie souvent la souffrance de celui qui est en charge d’annoncer la mauvaise nouvelle. D’ailleurs y a-t-il une bonne façon d’annoncer une mauvaise nouvelle ?
    Comme dans chaque communication, il y a un émetteur et un récepteur. Souvent ce que dit le premier n’est pas entendu comme le souhaitait le premier. Certains patients préfèreront ne rien savoir, voire qu’on leur mente en leur donnant de faux espoirs. D’autres veulent la vérité … Et c’est au médecin qu’il incombe, en quelques secondes, de mesurer à qui il a affaire .. ce n’est pas une mince affaire quand on est face à quelqu’un qu’on rencontre la première fois, ce qui est le cas lorsqu’on est oncologue par exemple. Le MG lui peut connaitre son patient et la rentre en jeu l’affectif, les liens qui se sont crées entre eux au fil des années. Et puis le MG est très seul et n’a pas de sas de décompression avec d’autres professionnels confrontés au même problème.

    Les patients décrivent tous le moment de l’annonce comme l’instant où tout a basculé, celui dont ils se souviendront toute leur vie, jusqu’à la date qui reste gravée dans les mémoires !
    On a tenté d’améliorer les choses avec un dispositif d’annonce bien huilé, bien pensé mais peu appliqué dans son ensemble et un peu formaté il faut bien le dire… D’autre part, ce dispositif est un dispositif hospitalier or, la plupart des annonces sont faites en libéral (radiologues, gynécologues, dermato, gastro….) Il y a du boulot !

    La rencontre des médecins et des patients sur le web ou dans la vraie vie, le dialogue, le retour d’expériences de chacune des deux parties est peut être un des solutions à envisager…
    Peut être aussi des modules de formation des étudiants futurs médecins par des anciens patients.

    En tout cas merci de montrer votre humanité, votre désarroi, votre malaise, j’espère que beaucoup de patients et de médecins vous liront !
    A très vite
    Catherine

  2. Bonsoir
    Merci à vous deux pour ces mots. C’est vrai que la consultation d’annonce même accompagnée et « formatée » est toujours un immense gouffre dans lequel on tombe. Seule la manière de dire, le regard, et souvent le non-dit permet de se sentir accompagné et pris en compte.
    Gardez votre humanité et votre bon sens. Ne changez rien !
    A bientôt
    Iris

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