Tolérance

A cette époque j’étais externe en stage en réanimation médicale. Ce matin là nous recevions une octogénaire « intubée-ventilée » pour Accident vasculaire cérébral massif. Le pronostic vital était plus qu’engagé, il n’y avait malheureusement aucun doute possible, même avec notre assistance médicale, le décès était inéluctable, une question de jours, d’heures peut être.

C’était une des premières fois où le jeune médecin en devenir que j’étais découvrait une telle situation. Le médecin de garde pris le temps d’expliquer à la nombreuse famille qui attendait des nouvelles, avec humanité, choisissant les mots les moins violents, les plus compréhensibles, les plus audibles. Une femme éclata en sanglots, des hommes passèrent discrètement leur mains sur leurs yeux embués. La pauvre femme partit en 5 jours, paisiblement , mais loin de chez elle et tous les matins je participais aux échanges équipe médicale/ famille. De jour en jour la salle d’attente se remplissait, et l’infirmière cadre avait suggéré à la famille, d’alterner le temps de présence entre les différents membres de cette très grande famille.

A chaque échange je lisais dans les paroles des médecins patience, compassion, écoute, empathie, sympathie, et dans les paroles ou les gestes des membres de la famille, tristesse, peur, résignation, colère, incompréhension, mais surtout de l’amour.

Cette famille ROM souffrait, était unie, respectueuse et avait en face d’elle une équipe médicale compétente et humaine.

« Y’a tant d’amour,
De souvenirs,
Autour de toi,
Toi, la mamma,
Y’a tant de larmes,
Et de sourires,
A travers toi,
Toi, la mamma… »

Extrait La mamma. Charles Aznavour

Quelques années plus tard, je fus interne en pédiatrie. Pendant les 6 mois où je recevais plusieurs fois par jour les urgences pédiatriques, et gérais médicalement, avec les séniors référents, les enfants hospitalisés, des bébés« Roms », des enfants « Roms » et leurs parents, j’en ai vu passés. A chaque fois que j’examinais l’enfant souffrant, il était entouré presque toujours de ses deux parents, angoissés, aimants, attentionnés… Et « Rom » ou français de souche, la souffrance est la même…

Peu m’importe que Valls valse ou que Duflot coule, j’espère qu’il y aura toujours du respect, de la tolérance dans le regard de mes enfants, comme dans l’attitude exemplaire que doivent avoir les soignants.
Oui c’est vrai je suis mal à l’aise lorsque je vois une femme et son très jeune enfant qui mendient dans la rue. Je suis mal à l’aise pour plein de raisons, mais le soignant que je suis ne supporte plus l’intolérance. Le médecin peut il tout entendre ?

« …Par le petit garçon qui meurt près de sa mère
Tandis que des enfants s’amusent au parterre
Et par l’oiseau blessé qui ne sait pas comment
Son aile tout à coup s’ensanglante et descend
Par la soif et la faim et le délire ardent …»

Extrait. La prière. George Brassens. Francis Jammes

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2 réflexions au sujet de « Tolérance »

  1. Ping : Tolérance | Jeunes Médecins et M&...

  2. Merci pour ce post, car à lire de plus en plus de commentaires haineux et intolérants partout sur le web, je commençais à désespérer. Essaimez !!!

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