« Du coté de chez Swann » ? Ou de chez DoMac ?

sandwich

En pénétrant avec mes enfants affamés dans ce « fastfood », je fus désagréablement surpris par l’odeur qui envahissait soudainement mes fosses nasales. Des effluves que je pressentais inadaptées à ce lieu de restauration, sans me l’expliquer. Manifestement elles étaient pourtant issues des produits nettoyants classiques pour le sol qui avait été visiblement récemment lavé.

Ainsi, durant les premières fractions de secondes mes sensations furent confuses, n’arrivant pas à comprendre pourquoi cette impression était négative. D’autant que j’étais de toute évidence le seul à le ressentir ainsi, tant l’enthousiaste de mes descendants se dirigeant vers la file d’attente semblait inébranlable.

Mais rapidement, ces relents stimulèrent via mon nerf olfactif la zone cérébrale hippocampique, siège de ma mémoire ancienne…

Ce réflexe merveilleusement décrit par Marcel Proust et sa célèbre madeleine, est assez surprenant. La proximité de la zone de réception des données chimiques que sont les parfums et du disque dur encéphalique est sans doute une des explications de cette curieuse sensation, et le voyage dans le temps que je fis me porta dans une ambiance ressentie 20 ans auparavant…

Cette émanation je l’avais respirée, avec mes camarades durant des semaines. Un fumet particulier qui traversait nos blouses blanches et imprégnait nos vêtements. Cette senteur était essentiellement provoquée par le mélange de formol, de conservateurs,  plus qu’à la dégradation chimique des tissus organiques présents dans cette grande salle froide.

Ainsi en pénétrant dans ce « rapide-bouffe », je replongeais dans l’ambiance de cette pièce…

La salle de dissection.

Toutes les semaines, durant des mois, j’avais rendez vous avec Monsieur R. et trois autres de mes camarades étudiants. Bien que parfaitement silencieux, Monsieur R. nous a beaucoup appris.

Grâce à lui, nous avons pu progresser sur la connaissance de l’anatomie des membres, de la cage thoracique et du contenu de la boite crânienne, la troisième dimension devenant enfin accessible. Après les 2 ans passés à compulser Rouvière et autres ouvrages d’anatomie, et à contempler les dessins colorés tracés magistralement à la craie sur le tableau du grand amphi, où nous nous entassions, dans le stress grandissant du concours d’entrée, cette nouvelle approche nous permettait de ‘pénétrer’ plus profondément dans la réalité.

Humainement,  nous avons aussi beaucoup avancé. Monsieur R. avait généreusement donné son corps à la science,  et nous avions l’honneur d’en bénéficier. L’étude que nous fîmes semaines après semaines des différents éléments organiques que nous mettions progressivement à nu, le fut dans une ambiance emplie de respect et de gratitude. Car contrairement aux légendes anciennes, le carabin irrespectueux parfois décrit n’aurait pas eu sa place dans ce sanctuaire scientifique, et aurait été sèchement congédié par ses futurs confrères et professeurs référents.

Le rapport à la mort est complexe et est vécu différemment selon les individus, leur passé, leur phobie, mais cette expérience très particulière, qui n’est qu’un petit aspect de la mort, renforce probablement le futur praticien.

Si parfois d’un ton gouailleur, j’ai joué le blasé après ces séances scientifiquement utiles mais morbides, aujourd’hui comme hier, je tiens à exprimer ma profonde gratitude à Monsieur R.

-« Puis je prendre votre commande ?»

Abritée derrière son comptoir, dans son uniforme, la jeune employée  me ramenait à la réalité…

-« Oui, oui, merci, on va commencer par celle des enfants… » balbutiais-je.

Au menu proposé chez « DoMac »,  il n’y avait pas de madeleines…

madeleine

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Une réflexion au sujet de « « Du coté de chez Swann » ? Ou de chez DoMac ? »

  1. Ca « craint » la mal-bouffe !
    Remarquez, cela me rappelle « l’aile ou la cuisse » (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=47573.html) et puis, figurez-vous que même au pays de Proust c’est « pourri » : il parait que la madeleine est une biscotte ! (http://www.slate.fr/story/80025/madeleine-proust).
    Il parait aussi que le formol, en version « formaldéhyde » est utilisé dans les détergents … ouf, cela laisse un peu d’espoir pour la nourriture !

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