En attente d’un greffon

greffon

Comment consoler l’inconsolable, comment apaiser devant l’insupportable, comment soulager devant l’inacceptable…

…le médecin est parfois impuissant devant les détresses… 

Alors une oreille, une écoute, une attitude  empathique, de compassion, de sympathie, peut être atténue t elle le poids de la douleur morale, la force des relations humaines étant toujours supérieure  aux médications…

 

Ma patiente entra dans mon cabinet et s’installa, comme elle avait l’habitude de le faire toutes les semaines depuis 1 mois, dans le fauteuil qui faisait face à mon bureau.

Je scrutais chacun de ces gestes, de ses attitudes, de ses mimiques pour essayer de glaner une information sur l’évolution de l’état de santé de son fils. Comment allait il depuis la semaine précédente ? …

Celui ci souffrait depuis quelques années d’une détérioration lente et inexorable d’un organe vital, et il y a un mois, dans les suites d’une banale virose, son état s’est aggravé brutalement, nécessitant une hospitalisation en réanimation. Depuis 30 jours, il bataillait ainsi, pour rester en vie, aidé par des  transfusions itératives, la perfusion permanente de toniques cardiaques. Conscient, et « ventilant  » correctement il n’avait pas eu besoin d’intubation, mais son état hémodynamique était précaire,  le fil qui le retenait à la vie très fragile, malgré ses 35 ans, et la famille vivait dans l’attente angoissante d’un donneur, d’un greffon salvateur.

Et semaine après semaine, ma patiente venait pour glaner des informations complémentaires suites aux messages laissés par mes confrères réanimateurs. Je tentais d’être le plus réaliste possible, m’assurant à chaque phrase que mes propos étaient clairs, soulignant les espoirs, sans occulter la réalité.

Ainsi ce jour là, alors qu’elle s’installait devant moi, pour ne pas la brusquer, après les salutations traditionnelles,  je la laissais initier le dialogue.

Elle avait pris 10 ans en quelques jours, ces voyages quotidiens auprès de son fils,  dans l’insoutenable  attente  du greffon, l’avaient vieillie prématurément.

Elle s’installa dans le fauteuil, posa son parapluie contre le mur, glissa son sac sur ses genoux,  et lorsque son regard se posa sur le mien, je compris que son fils n’était plus.

Digne, elle essuya discrètement le flot  qui avait envahi ses yeux délavés, et d’une voix tremblante, me raconta les dernières heures avant la terrible issue, la façon dont la vie avait quitté la chair de sa chair, son fils, son enfant, son amour.

De mon humble expérience de médecin de famille, la perte d’un enfant, quel qu’en soit l’âge, quelles qu ‘en soient les circonstances (maladie, accident, guerre, dans un mine), est une épreuve difficilement soutenable pour une mère, un père, parfois insurmontable.

La disparition par manque de greffon ne facilite pas l’acceptation, la résilience…

 

lire ici : don d’organes,

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