Comment gagner plus en Médecine Générale

sucOuestComment s’enrichir à 23 euros la consultation ? Un exemple concret :

Tandis que sonnent les mâtines Peu après la sonnerie matinale de l’iphone…Tiens, c’est curieux, les eaux de la douche du RDC semblent vouloir stagner dans le bac… Au loin, des éclats de voix… le WC du RDC ne s’évacue plus…

Allons au sous-sol, les canalisations d’évacuation des eaux usées s’y rejoignent…

Utilisons ce que j’ai appris de mes études médicales, retour aux bases :  Anamnèse, inspection, palpation, percussion, auscultation !

Bon, à l’interrogatoire, ce n’est pas une surprise, la tuyauterie a peu de répondant, et ne réagit même pas aux jurons que je laisse échapper. Un peu de sang froid, doc !

Passons à  l’inspection.  Visuellement « RAS », si le PVC a le teint grisâtre, celui-ci me parait homogène, et ne m’inquiète pas. La continence est normale.

A la palpation, pas de suppuration sur les faces, le tuyau est parfaitement sec.

A l’auscultation je n’entends malheureusement aucun écoulement… « M**** ! »

Ce nouveau juron s’échappe… je n’en mène pas large, vêtu d’une simple serviette, ma présentation est loin d’être celle de Cambronne lorsque il a prononcé ce même mot à Waterloo, mais avec nos Water-closets, la maison est désormais  dans la « Bérézina »… la victoire est loin d’être acquise…

Il est temps de passer à la percussion… En amont, les canalisations sonnent « mat », et sur une grande longueur… ah là ! C’est un son plus « creux » !  L’obstacle est localisé à la jonction « matité/tympanisme ». C’est bien un bouchon dans notre tuyauterie privée.

Maintenant, agir ! Traitement proposé : augmenter la pression en amont. Une colonne d’eau sur deux étages, en pression ça devrait le faire…p = ρ.g.h + pa

Je remplis la baignoire au premier étage… une fois celle-ci pleine, je retire son bouchon d’évacuation… croisons les doigts ! L’eau s’écoule maintenant à grand débit dans le siphon… les minutes s’écoulent aussi…

Une rumeur au RDC, des cris d’épouvante ! On me somme de stopper !… Les WC du même palier viennent de se libérer, en refoulant ! Notamment dans la douche à l’italienne, répandant un liquide noirâtre et immonde sur le sol de la salle de bain…

Vision d’horreur… Et  il n y a pas que le visuel qui est cauchemardesque… bref…

Nouveau bilan : le bouchon au sous sol n’a pas bougé, la salle de bain au RDC est massacrée, la baignoire au premier est à moitié pleine… à moitié pleine ou à moitié vide ?… oui, bon, je ne sais pas, mais l’ambiance familiale n’est vraiment pas à l’optimisme…

Ma tendre, et patiente compagne appelle différents vrais spécialistes…  endoscopies proposées, ne pas oublier le forfait déplacement, les devis se succèdent, le point commun les chiffres à deux zéros, bref, onéreux !

J’ai libéré ma matinée de consultations, il n y avait pas d’urgences au cabinet.

Malgré mon premier traitement désastreux, je persévère… achat de furets, dérivation PVC, purges de toutes les canalisations… des hectolitres de liquides… (là j’ai vraiment payé de ma personne)…salle de bain assainie, désinfectée. Problème résolu.

En comparaison des nombreux devis proposés, par mon action, ma matinée fut très largement rentabilisée…

Le traitement premier fut discutable, mais maintenant je maîtrise !

23 euros la consultation ?

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Très perfectible…

Il y a quelques jours je reçois Monsieur D. Il me fait l’honneur de me confier sa santé depuis plus de 15 ans… Il est d’origine portugaise, et même s’il est français depuis 30 ans au moins, il n’utilise jamais la langue de Molière, ou n’émet que de rares mots, avec un accent prononcé.
Mais j’ai toujours réussi à me débrouiller, et je soigne son hypertension, son adénome de prostate, ou le rassure sur ses rares infections virales…

Bref, Monsieur D vient me consulter. L’anamnèse comme toujours n’est pas aisée, il est peu loquace et les progrès en français sont inexistants. Quant à mes études de portugais, j’ai fait l’impasse, mais là, les quelques mots qu’ils me livrent sont intelligibles, c’est enfin clair : il est CONSTIPE ! Je tente de glaner quelques informations classiques supplémentaires, autour de ces récents troubles du transit, et des signes de gravité éventuelles, en poursuivant ce laborieux « dialogue »:
– « Fièvre? » lui dis je en mettant ma main sur mon front…
– « Nausées ? Vomissements ? » en mimant le plus élégamment possible le rejet.
« Bon appétit ? » Là le geste que je fais est compréhensible, et manifestement compris.
« Douleurs ? » Je suppute que le rictus de pseudo souffrance que j’affiche sur mon visage accompagnant l’anteflexion de mon buste tout en tenant mon ventre dans mes mains, est bien interprétée…
« Sang dans les selles ?? » Là c’est un grand moment de solitude…

Je suis globalement rassuré par ses réponses binaires, Oui/No…
Donc il est constipé et ne semble pas présenter de complications ou de signes de gravité à l’interrogatoire.

Je le convie à se défaire et il s’allonge sur la table d’examen.

J’inspecte, je palpe, j’ausculte, je percute… orifices herniaires libres, non fébrile, pas de signes occlusifs, la fosse iliaque gauche me parait souple, pas de signes de sigmoïdite, aire hépatique mate sans signe de pneumopéritoine, tension artérielle normale, pas de pâleur conjonctivale signant une anémie, pas de déshydratation…

Tandis que Monsieur D. retrouve ses vêtements, je lui explique tout en complétant encore avec des signes explicatifs qu’il doit marcher beaucoup, boire beaucoup d’eau, ingérer quotidiennement des légumes verts… ces conseils sont notés succinctement sur une ordonnance qui, je le sais, sera transmise à sa femme. Et puis mimer les légumes verts je n’y arrive pas…et il ne faudrait pas qu’il ait l’impression que je lui raconte des salades.
Mais comme cette constipation est une première chez lui, et qu’à l’interrogatoire j’ai des doutes sur sa réponse négative quant à l’éventuelle présence de sang dans les selles, je lui confie un courrier pour un gastro-entérologue …« constipation de novo » etc… certes c’est un peu sévère, cela risque d’induire un examen invasif, mais on a déjà trouvé des cancers du colon sur des constipations nouvelles sans autres symptômes… et cette barrière de la langue me rend toujours un peu anxieux. C’est discutable mais…

Ainsi Monsieur D. repart avec une ordonnance de conseils « hygiéno-diététique », un courrier qui déclenchera sans doute une coloscopie et une prescription de laxatifs en sachet.

Les consultations suivantes enchainent, grippes, gastro, renouvellement de traitement, visite du nourrisson… et j’oublie Monsieur D…

Le lendemain son épouse, me hèle entre deux rendez-vous. Elle me montre courrier, ordonnance et la boite de sachets laxatifs délivrée la veille… Son attitude est comme toujours respectueuse mais il me semble percevoir un regard moqueur. Heureusement, contrairement à son mari vu la veille, Mme D. est parfaitement bilingue… « Docteur, mais pourquoi ? Une coloscopie ? Du Forlax ?? Je crois que vous n’avez pas compris… c’est son nez qui est pris… CONSTIPAR = ENRHUME !!!! »

Oups !!! Honte sur moi !! Mea culpa !!! Et cela aurait pu aller plus loin !!! Mon pauvre Manuel D. est passé pas loin du redoutable « T.R. » , ou du lavement… pour un simple rhume…

Il est temps pour moi d’apprendre quelques mots de vocabulaire portugais (en sachant que dans le cas présent ce mot existe aussi en espagnol, matière que je suis supposé avoir intégrée un minimum il y a 25 ans)…

On apprend tous les jours, mais il y a des impasses que je ne dois plus faire ! Le ridicule (du médecin) ne tue pas, mais les mauvaises compréhensions…