Réa, semaine 4

staff

– Bonjour Docteur !

– Bonjour ! Alors comment va Max depuis la semaine dernière?

– Je l’ai vu cet après midi. Il n’était plus intubé. Il était conscient.

– Bonne nouvelle ! A t il communiqué, a t il pu parler ?

-Il ne pouvait pas prononcer de mots, les cordes vocales étaient encore inopérantes, mais j’ai pu comprendre son chuchotement et en lisant sur ses lèvres. Les premiers mots qu’il m ‘a dit :  » Arrête de parler ! Tais toi ! « ... Il faut dire que j’étais tellement heureuse de le retrouver, le flot ininterrompu de mes paroles devait le fatiguer !

Puis après, il m a dit en chuchotant : « aide moi à descendre « 

Comme je lui refusais, et me justifiais, il a froncé les sourcils comme il sait bien le faire, et malgré son extinction de voix, j’ai parfaitement saisi les paroles qui ont suivi : « aide moi à descendre ou je demande le divorce ! »

Vous ne pouvez pas savoir comme ses paroles, paradoxalement, m’ont rendue heureuse! Je retrouve mon Max !

rappel réa, J1, lire ici 

Réa, jour 1

samu B

 

Une série de billets de témoignages (remaniés pour le secret professionnel),  le vécu des familles de patient en réa, tel qu’il est narré au médecin traitant que je suis.

Tout est allé si vite. Il toussait depuis quelques jours. Une toux plus importante, plus nette, plus profonde, plus caverneuse.
-« Max, s’il te plait, va voir le toubib! »
ça sent le sapin ! » me lança -t-il avec son sourire narquois . Voyant ma réaction courroucée, il rajouta : « T’inquiète Adeline, j’ai la peau dure, et puis j’ai réduit ma consommation de clopes »

Et dans la nuit, tout a basculé. Il a commencé par tousser sans arrêt, il est resté assis, à chercher à reprendre sa respiration entre deux quintes, il transpirait, il avait du mal à parler. A un moment j’avais l’impression qu’il m’entendait plus, qu’il était ailleurs… qu’il partait …

Le téléphone, …composer le 15 vite…

Quelques minutes plus tard  les pompiers, le SAMU, toutes ses personnes en uniforme, tandis qu’un pompier m’interrogeait sur son passé médical – » oui il a 53 ans… oui il fume… oui l’alcool aussi… il n’a jamais réussi à arrêter… non jamais hospitalisé… » … je répondais machinalement, obnubilée par la scène dramatique qui se déroulait devant moi l’équipe médicalisée à quelques mètres s’affairait, et ces phrases, ces mots  que j’entendais et qui pénétraient malgré moi ma conscience, stimulaient un peu plus l’angoisse terrible qui m’envahissait, … « il est cyanosé »…  «  cathé posé » … « Monsieur vous m’entendez ?
» … « saturation chute » … »hypercapnie » … « je vais l’intuber »….
« hémodynamique stable »

Ma peur était immense, mon angoisse incommensurable, « ma moitié, mon homme, ma vie, que t arrive t il?« . J ‘avais toujours eu une bonne mémoire, et malgré moi  ma conscience engrangeait  comme à son habitude tous les détails dont j’étais témoin. J’aurais voulu être moi aussi anesthésiée, ne pas vivre pleinement le drame qui se jouait, partir dans un état second, mais c’ était plus fort que moi… Ce jeune homme, habillé de blanc, au dessus de Max, qui m’empêchait (involontairement?) de voir le visage de mon mari, tenait une poche de liquide de « perfusion », d’où je percevais les gouttelettes qui fusaient dans le boitier transparent sous-jacent, qui donnait ensuite naissance à une longue tuyauterie qui se perdait sous la fine couverture or/argent qui recouvrait Max… je considérais malgré moi l’homme en blanc, me perdant encore dans des détails abscons ( son lacet était défait, -« pourvu qu il ne tombe pas sur Max » ) -il avait l’air jeune, candide, un étudiant peut être, son visage poupin me semblait emprunt de gravité. Sous sa longue mèche ondulée, il lançait régulièrement des regards inquiets sur cette étrange boite d où sortaient toutes sortes de fils colorés, « le scope » … la fébrilité de ce professionnel de santé au chevet de l’amour de ma vie, me plongeait encore plus loin dans les affres d’une  angoisse insoutenable.

Derrière lui, une femme semblait pencher sur le visage de Max qu ils venaient d allonger,…Max !  il ne bougeait plus, il ne luttait plus? Était il….?
« C ‘est bon, intubé ! » Lança t elle calmement quelques secondes plus tard.
…/…