Aujourd’hui, le toubib de terrain que je suis, a changé d’avis sur l’euthanasie.

perfusionSur le journal en ligne de RTBF .be on pouvait lire « Il y a deux semaines Els Winne a été euthanasiée. Elle avait 48 ans. Elle souffrait d’une fibromyalgie depuis 6 ans. En plein débat sur l’extension de la loi sur l’euthanasie, rappelons qu’une personne ne doit pas forcément être condamnée par la médecine pour avoir le droit de demander une euthanasie. Els Winne n’était pas en phase terminale, parce qu’on ne meurt pas de fibromyalgie, mais elle souffrait terriblement. » Voir ici.

Le médecin de terrain que je suis a une certaine expérience, directe ou indirecte de l’euthanasie, et une expérience certaine de la fibromyalgie.

Souvent on rappelle que le médecin est spécialiste des maladies et le malade est le spécialiste de sa maladie. Il n y a pas une fibromyalgie, mais des fibromyalgies. Des souffrances différentes, des vécus différents, des contextes différents et on ne peut comparer un malade et un autre que dans le but scientifique de rechercher d’éventuels points communs pour mieux les traiter.

Aussi mes premières pensées vont à cette pauvre femme et à sa famille. Quel cauchemar. Que de souffrances physique, psychiques pour arriver à cette issue. Paix à son âme.

J’étais contre une procédure  lourde pour la prise de décision de certaines euthanasies. Réunions multiples, délais etc… c’est en plein débat (lire ici). Mais sur le plan pratique, lorsqu’on accompagne des patients en fin de vie à domicile, le médecin, guidé par les paroles du patient, préparé souvent par un long dialogue préalable, avec toute transparence avec le malade et la famille, pour soulager au mieux, mais par ses prescriptions, accélère  le processus de départ…c’est une forme d’euthanasie, ne le cachons pas.

« Ne pas donner des jours à la vie mais de la vie aux jours ».

La sédation « terminale » , une forme d’euthanasie « légitime »?

Ne soyons pas hypocrites, une grande majorité de médecins de famille l’a fait.

Et à l’heure où j’écris, certains de mes patients, atteints de maladies graves incurables cancéreuses m’ont clairement informé qu’ils avaient pris leurs dispositions pour agir, lorsqu’ils l’estimeront nécessaire, dans des pays limitrophes (notamment la Suisse).

Mais dans le cas cité par la presse belge, je suis extrêmement troublé. Je reste persuadé qu’un traitement efficace pouvait être espéré, et redonner de la vie dans cette souffrance.

Que de souffrances pour arriver à cette issue médicalement assistée…

Ce n’est pas une bonne chose pour certains de nos patients qui décident de finir leurs jours dans leur lit à l’issue de maladies terminales douloureuses, mais il faut absolument légiférer et mettre en place des guides, des protocoles, des limites, et des décisions collégiales…

Aujourd’hui, moi un toubib de terrain, j’ai changé d’avis sur l’euthanasie.

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Les « progrès » de la médecine…

« Que pensez vous des résultats de cette échographie ? Mon bébé risque t il d’être anormal ? Vous croyez que… »

«  Je ne suis pas immunisée contre le CMV, et je suis enrhumée, ne croyez vous que c’est ce virus ? Je suis enceinte, je sais que cela peut… »

 » Après plusieurs dosages de PSA aux résultats limites, j’ai subi des biopsies prostatiques et…cellules cancéreuses… je pense à ma femme, mes enfants, je ne veux prendre aucun risque pour eux… malgré les effets secondaires je… »

La médecine moderne est devenue anxiogène.

Il est hors de question de revenir à la médecine « paternaliste » où le médecin tranchait au sens propre ou figuré, avec un minimum d’échanges ou d’informations données.

Depuis des années j’observe avec admiration les médecins qui m’entourent, qui avec abnégation, répètent inlassablement les informations, leurs expériences, avec humilité et empathie. Désormais le médecin donne, plus qu’un réel diagnostic, un avis, une opinion. Celle-ci est issue de ses connaissances universitaires, de ses lectures professionnelles, de sa formation médicale continue et surtout de son expérience, acquise auprès de ses malades et de ses confrères.

Internet s’est invité depuis longtemps dans cet échange. Ainsi lors du « colloque singulier » médecin / patient, il y a en « toile » de fond, c’est le cas de le dire, les infos recueillies sur le web, la « médecine 2.0 » et celles glanées auprès de la famille, les amis…

Attention, il est indéniable que cette ancienne médecin paternaliste avaient des avantages. « Heureux les simples d’esprit » ? C’est le revers de la médaille, en étant informé sur tout, le patient vit avec de multiples épées de Damoclès au dessus de son encéphale, réelles ou non.

Si les informations données au patient sont nécessaires, elles sont parfois exagérées, car le médecin a l’obligation légale d’informer de tous les risques… il est donc hautement probable, qu’au moindre doute l’échographiste, le radiologue verra le verre à moitié vide plutôt qu’à moitié plein… il vaut mieux reprocher à un praticien un excès de prudence et d’informations que le contraire…préférable sur le plan légal, … discutable sur le plan médical… et regrettable sur le plan humain…

Et au delà de cette sur-information anxiogène, le médecin est aussi taraudé par la peur de passer à côté de tel ou tel diagnostic, de se voir reprocher par son patient, sa famille ou par sa simple conscience de ne pas avoir fait tel ou tel examen clinique ou complémentaire… de ne pas mettre assez de « moyens »… l’angoisse du praticien, si contagieuse… il prescrit prises de sang, de l’ imagerie médicale, dont l’attente des résultats sera parfois source d’angoisse, et dont les résultats seront peut être faussement pessimistes…

Pour toutes ces raisons, je pense que les médecins sont devenus anxiogènes.

Et parfois la frontière est ténue entre l’information anxiogène et l’information culpabilisante… « si vous ne la faites pas pour vous, faites le pour votre famille qui… » mais c’est un autre débat…

Maintenant les médecins ont une autre mission, continuer à parler vrai, et aller au-delà des informations sur les pathologies. Puisqu’il faut informer, allons au bout de l’information, y compris en exposant les controverses…Il est plus facile de convaincre un patient de se faire opérer d’un cancer que de lui expliquer que celui-ci n est peut être pas si agressif, que celui-ci a peut être été diagnostiqué ou trop tôt, ou à tort, ou peut être par excès et que le traitement risque de laisser des séquelles lourdes… séquelles que le patient est prêt à accepter dans la panique du diagnostic, mais qu’il regrettera peut être quelques mois plus tard lorsque la tempête sous crâne sera tombée…pas facile… surtout que si on décide de ne pas traiter, d’en rester à « une surveillance active » qu’il faut accepter alors de vivre avec cette épée de Damoclès, avec la pression éventuelle de la famille… exemple la controverse sur le dépistage des PSA, véritable engrenage infernal … la médecine moderne est de plus en plus anxiogène…

Le médecin fait l’effort de s’extraire des informations issues des lobbies, des industries (médicaments, matériels, réactifs biologiques ..), des publicités, et des études tronquées, mal interprétées, ou non recevables, parfois utilisées à tort pour justifier certaines campagnes vaccinales, ou de dépistages. Parfois le système politique ou médiatique s’enflamme, dans un pathétique rétropédalage, comme dans l’affaire des pilules de troisième génération au risque de provoquer une illégitime panique et un baby-boom non désiré…

Pour ma part, je regrette malgré tout qu’une grande majorité des femmes enceintes ne vivent plus cette merveilleuse expérience avec la sérénité d’antan, et on ne mesure pas encore biologiquement ou scientifiquement les effets négatifs sur la mère et donc probablement l’enfant, de nos attitudes médicales (trop ?) prudentes.