Pourvu qu’en la Médecine Générale encore tu crois

Par Bacchus, si le verre à moitié vide, toujours tu vois,

Alors, La médecine omnipraticienne que tu pratiques te déçoit.

Ridiculisé par l’obligation de la mention manuscrite « non substituable »

Dévalorisé dans tes actes par une tarification déraisonnable,

Investir dans un secrétariat, l’idée tu abandonnes,

Et dans l’administratif un peu plus encore tu te donnes.

Ton « burn-out », est ce que à temps tu te le dépisteras ?

Tandis qu’inexorablement de ta famille tu t’éloignes malgré toi.

Les scandales Pilules 3G, Médiator et Cholestérol t’éclaboussent.

PSA ? Les dépistages biaisés de ta rigueur scientifique te détroussent.

La sécu t’étrangle, le mètre carré délire, le désert médical avance,

Les patients sont plus miséreux, tes confrères en partance.

Chaque jour plus submergé par les demandes, isolé dans ton travail,

Les lapins s’accumulent, et certains spécialistes dédaigneux te raillent.

Corvéable à merci ? Avec les certificats d’aptitude sans nul doute,

Mais devant un patient souffrant, ne fais jamais fausse route,

Car au plus bas de l’énergie, du moral que tu sois,

Traiter sa souffrance, ta priorité toujours restera.

Mais difficile d’éviter la syntonie, lorsqu’on est empathique,

Et cette famille en détresse, ce patient en état critique,

Ses maux résonnent sans fin dans ta conscience,

Martèlent ton esprit, ébranlent ta confiance.

Un sacerdoce, sans doute, mais à quel prix ?

Si en sus de ta famille,  ta santé immanquablement tu sacrifies.

L’équilibre un jour tu trouveras ? Je te le souhaite,

Tel le Graal, indéniablement, c’est une longue quête.

Entre ta famille et tes patients, un hobby, une passion,

Tu répartiras les contraintes et les joies, la solution ?

Pourvu qu’en la Médecine Générale encore tu crois,

Et que par Bacchus, le verre à moitié plein, un jour tu vois.

Désertification médicale, campagne et villes !

Parmi les questions récurrentes que mes patients me posent, une concerne mon manque croissant de disponibilité (R-D-V et Visites).

Certains patients bienveillants, pour expliquer cette moins bonne disponibilité ressentie, mettent en avant mes compétences médicales … mais je ne suis pas dupe…

Trois explications :

1/ Le passage au 100%rendez-vous et la recherche de la qualité.

Sauf urgences et épidémies, j’essaye de limiter mes actes quotidiens en ne proposant que des rendez-vous.  Je suis présent au cabinet 5 jours et demi par semaine, et je consacre plus de temps aux patients qui ont des pathologies lourdes, aux visites de nourrisson (la durée de consultation passant de 15 à 30 minutes, parfois plus, si détresse psychologique etc…)

Pour l’instant j’essaye de tenir ainsi. J’ai lutté des années pour faire disparaitre les
consultations sans rendez vous :pour la qualité (qualité/patient-qualité/ma famille), pour éviter la salle d’attente bondée sources de stress et de fausses Hypertensions
Artérielles, et qui participe à la diffusion des germes.

Habituellement j’arrive à composer entre les urgences du jour et les renouvellements de traitements et autres suivis de maladies chroniques. Mais les délais pour ces rendez-vous non urgents s’allongent, ce qui agace parfois.

 

2/ le temps à passer à l’administratif et au dépannage « entre deux ».

Le temps consacré à l’administratif est important et de plus en plus important.

Mais le temps passé à « télé-conseiller » ou plutôt « télé-dépanner »par téléphone ou par mail subit une croissance exponentielle… actes non couverts par les assurances, gratuits, et chronophages…véritable cercle vicieux… moins disponible en rdv …donc un peu plus de dépannages… qui occupent mon temps… etc…

3/La troisième  explication, qui à mon avis est la principale, est démographique.

Démographie médicale… D’après l’INSEE 2011,  environ 65700 médecins généralistes libéraux en France, soit une moyenne d’un médecin omnipraticien pour 950 habitants. La ville de banlieue parisienne où j’exerce ce beau métier de toubib de famille, a une population d’environ 18000 à 19000 âmes.  Pour espérer être dans cette moyenne nationale, il faudrait 19 à 20 médecins généralistes…au lieu de la douzaine actuels.

Le dernier médecin généraliste qui s’est installé en 95/96, fut votre humble serviteur, rédacteur du présent billet. Nous étions une vingtaine. Depuis beaucoup de départs à la retraite sans successeurs.  «Données », les patientèles n’ont pas trouvé d’acquéreurs.

Il y a quelques années, un confrère au diplôme européen est venu remplacer un départ à la retraite. Mais il a fini par partir en Bretagne au bout de quelques mois. 23 euros la consultation en Bretagne ou IDF…Immobilier moins cher ? Ratio tarif de la C/ prix du mètre carré imbattable. Et une petit aide du maire local. « Déshabiller Pierre pour habiller Paul » ?

Mais aucun MG depuis 96…Nous sommes désormais un petite douzaine et quid dans 5 à 10 ans ? Si pas de nouvelles installations, nous serons 3 ou 4 actifs à plein
temps et 1 ou 2  à temps partiel (pré-retraites)… Il y a une dizaine d’années j avais essayé de lancer une maison médicale, mettre en commun les urgences, le secrétariat, mais le maire de l’époque avait fini par décourager mes confrères en dérapant sur les offres immobilières… il s’est trompé, certes les médecins ne sont pas à plaindre, mais ce ne sont plus les notables d’autrefois… les prix au mètre carré les ont découragés…

Nous sommes localement bien nantis en spécialistes, ce qui nous protège un peu, mais ceux-ci ne peuvent remplacer tous les actes des MG.

Désertification médicale en IDF.
J’avoue que cette perspective m’inquiète. Quid de la qualité de mes consultations ? Quid de la gestion des appels téléphoniques, mails, demandes de rdv, et de consultations entre deux ? La part de mes prescriptions « entre deux »(gratuites) et de mes téléconseils (gratuits) déborde déjà et parasite trop le « colloque singulier ».

Je ne dois pas me plaindre, j’ai maintenant d’autres cordes à mon arc, et vu le contexte actuel, le chômage…a priori, si Dieu me prête vie et santé,  j’ai du travail assuré jusqu’à ma retraite…  le problème c’est que je ne crois plus aux barbes blanches de D…des pères Noël , …ni à la retraite du MG… mais je dérive…

Bref, méfiance, la désertification médicale avance aussi en milieu urbain !!!

« Entendez-vous dans les
campagnes
villes Mugir ces féroces … »