« Docteur, je vous fais confiance »

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« Docteur, je vous fais confiance »

Cette phrase nous l’entendons souvent. En préambule d’une consultation où le diagnostic ne sera pas aisé, ou lorsque la teneur de l’échange sera emprunt de gravité, ou de confidence.  Le plus souvent nous l’entendons en conclusion  d’une consultation, après un échange cordial, ou après une longue discussion où le médecin a tenté de convaincre un patient de suivre un traitement auquel celui-ci ne croit pas, ou peu…

Nous « l’entendons » souvent, mais est ce que nous le comprenons correctement ? te entiendo ?

  • « Je vous fais confiance. »
  • « Je vous fais confiance… »
  • « Je vous fais confiance ! »
  • « Je vous fais confiance !!!! »
  • « Je vous fais confiance !? »
  • « Je vous fais confiance ? »

Du latin CON  (« ensemble ») et FIDERE  (« se fier », « croire »).

Confiance, foi, sûreté…confidences

Les antonymes :  crainte, défiance, doute, méfiance, soupçon, suspicion

Mettre en confiance

I trust you, i have faith in you

I am confident that…

I believe in you…

Quelques unes des traductions :  « Je vous fais confiance » et entendre :

-« Dois je vous faire confiance ? » La confiance-crainte.

-« Je vous fais confiance, mais je doute.. » La confiance-méfiance.

-« Bon finalement je vous fais confiance » (vous m’avez finalement convaincu), la confiance gagnée.

-« Ne m’en dites pas plus, je ne veux pas en savoir plus, je vous fais confiance » ,  « ne dites rien, cette maladie m’angoisse, je ne veux pas en connaitre les détails, faites ce prélèvement,  faites ce geste médical, chirurgical, mais le détail m’angoisse, la description du geste me liquéfie, entendre les risques éventuels me panique, connaitre l issue probable ce cette maladie n’est pas possible pour moi… » La confiance-autruche.

-« Je n’ai pas le choix, je dois vous faire confiance ». La confiance-fatalisme, la confiance résignée.

-« Je m’abandonne à vous. » La confiance aveugle.

-« Je vous fais confiance sur ce dossier, mais je vous teste » La confiance-défiance.

-« Je vous fais confiance pour la dernière fois » . La confiance ultimatum.

 Je vous fais confiance, donc faites moi confiance aussi pour suivre ce traitement, cette préconisation, ce sevrage… » La confiance-réciprocité, la confiance « top là ! »

-« Je vous fais confiance, vous êtes mon dernier espoir, je suis tellement angoissé, ce mal qui me ronge, cette souffrance qui m’envahit, je mise tout sur votre diagnostic, votre prescription, votre accompagnement …»  La confiance-espérance, la confiance-investissement.

La traduction de cette phrase n’est pas toujours aisée… le ton de la voix, le contenu affectif de la consultation, la gravité de la situation, le passé du couple patient/Médecin, la fragilité du patient, son vécu, ses expériences passées, les données de la science, aident le praticien à lire le fond de cette phrase … mais souvent la phrase « je vous fais confiance » est une mosaïque de confiance-défiance, confiance-abandon, confiance-contrat, confiance-doute…

La consultation se finira par une poignée de main, et celle-ci donnera aussi de précieuses informations au duo…un dernier échange… le médecin offrira dans sa poignée de main, force, expérience humaine, bagage scientifique, conviction, empathie, encouragement, « ayez confiance, en vous, en moi, en nous, en la science, en la providence »….le patient dans sa poignée de main, laissera entendre une dernière fois …« je vous fais confiance »

« Pour les statues comme pour les hommes, un piédestal c’est un petit espace étroit et honorable avec quatre précipices tout autour. » Victor Hugo

Une matinée de consultations sans rendez vous

« Bonjour Docteur ! Je viens juste pour me rassurer. Vous me connaissez, n’est ce pas… »

Mme B est une septuagénaire dynamique, les formes généreuses, dont elle a héritées suite à son sevrage tabagique il y a plus de vingt ans, sont parfaitement assumées, elle  pénètre dans mon bureau d’un pas assuré en me lançant sa désormais traditionnelle introduction :

« Bonjour Docteur ! Je viens juste pour me rassurer. Vous me connaissez, n’est ce pas… »

En effet je la connais bien.  Au moindre symptôme elle accourt, et ces dernières années ,  elle a subi de très nombreux examens, parfois à mon corps défendant, mais le plus souvent avec ma complicité. le « trou de la sécu« , ne cherchez plus c’est elle, c’est moi… Analyses biologiques, des imageries diverses, des endoscopies, mais aussi des consultations spécialisées, rhumatologiques, neurologiques, gynécologiques…  Le dernier et récent bilan cardiologique pour sensations de palpitations n’a rien révélé, ElectroCardioGramme de repos, holter rythmique, échographie cardiaque…

« Docteur, j’ai un peu mal là… oui, derrière le sternum, c’est ça… c’est comme un poids…ça serre… non ce n’est pas très douloureux…non pas essoufflée, pas de fièvre…. vous me connaissez je suis anxieuse…je me fais du souci pour mon petit fils donc…. « 

Après l’avoir invitée à se défaire, et avoir procédé à un examen clinique classique,  j’installe les électrodes -ventouses de mon électrocardiographe tandis qu’ elle continue à répondre à une nouvelle salve de questions….

« Cette gêne ? Je la ressens depuis 2 ou 3 heures… voyons, quelle heure est il ?… »

-Elle n’a plus sa montre, ça parasite l’éléctro-

« …Oui c’est ça…, quand je suis arrivée à votre cabinet cela faisait environ une heure que cela avait commencé, et comme toujours il y a du monde chez vous, donc j’ai attendu 2 bonnes heures en salle d’attente… non ! je n’ai pas voulu déranger, je préfère attendre mon tour! »

Le tracé démarre. Manuellement je fais basculer mon vieux graphe d’une dérivation à l’autre …D1, D2, …V3, …

M***** !!!!   Une « belle » onde de Pardee sur un large territoire !

Ma patiente a attendu plus de deux heures en salle d’attente, sans oser déranger, tandis que s’installait un « bel » infarctus du myocarde.

re- M*****!

Bon… après cela a été relativement rapide… le 15… une équipe médicalisée a prestement pris le relai…

C’était il y a 10 ou 15 ans…

Depuis ma patiente va relativement bien, désormais octogénaire, elle est toujours plantureuse, anxieuse, son état cardiologique s’est stabilisée. Elle continue à venir me voir « pour se rassurer » … qu’il n y ait pas de récidive…

Cela aurait pu être bien plus dramatique !

De mon côté, il n’y a plus de consultations « libres ». Certes les rendez vous nécessitent une plus grande organisation, un investissement de temps et/ou d’argent au niveau secrétariat/standard, mais cela vaut le coup. Moins de transmission de grippe en salle d’ attente, moins de fausse Hypertension provoquée par l’attente (Hypertension « blouse blanche », ou hypertension Blues-attente?), et réduction significative du risque de récidive de la regrettable expérience sus décrite… et puis c’est sans doute mieux pour la famille du toubib…

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ps : comme les autres billets, description fortement remaniée pour le respect du secret médical