Le paternalisme en médecine, à éviter ?

Depuis que j’exerce la médecine de famille, j’ai beaucoup évolué, j’ai beaucoup appris. De mes pairs, de mes patients, de mes erreurs… et j’apprends encore…

Comme pour la plupart des médecins, j’estime que l’humilité est de mise.   Les vérités médicales d’hier deviennent des erreurs aujourd’hui… il fallait coucher bébé sur le ventre il y a quelques décades, puis sur le côté, puis sur le dos… les mucolytiques pour la toux sont finalement inefficaces voire contre productifs au sens propre comme au sens figuré… le traitement hormonal substitutif de la ménopause est la panacée, puis est quasi diabolisé, la pilule miracle plus moderne de « troisième génération » serait mieux supportée puis finalement on découvre qu’elle est plus dangereuse, le cancer de la prostate est probablement sur diagnostiqué et donc sur-traité, l’innocuité de la vaccination anti hépatite B est remise en cause…

Alors le paternalisme n’est plus cohérent, est indéniablement critiquable, quasi systématiquement critiqué et parfois diabolisé. Et je fais partie de ces médecins qui luttent quotidiennement pour ne pas (ou ne plus) être doctes,  péremptoires, affirmatifs. Au contraire je tente d’informer, d’échanger, de rappeler les controverses, de souligner les alternatives, de lister les complications possibles, de m’adapter au cas par cas…écouter, échanger, m’adapter… c’est mon crédo.

J’ai beaucoup apprécié l’article du blog de mon confrère breton « c’est vous qui voyez » . Ce billet décrit quasiment mot pour mot le vécu de mon exercice quotidien, ou plutôt mes aspirations. Celles ci sont sans doute utopiques, car le temps est souvent le premier ennemi de ces vœux pieux.

Cependant je pense que cette attitude a un revers. Nous provoquons parfois  l’anxiété. Nous informons, nous donnons de nombreuses alternatives, nous laissons le choix final au patient… mais parfois la viscosité mentale s’installe chez notre patient, « trop d’information tue l’information », le patient n’a pas le temps de tout ingérer, intégrer, certains mots que nous avons utilisés sont peut être mal compris, mal interprétés, sources d’une angoisse que nous ne pouvions soupçonner, et le reste de notre discours médical ou de notre écrit n’est plus compris, ou n’est plus enregistré…

Que faire ? Revenir en arrière ? Redevenir autoritaire, fermer la porte à toute discussion, pour préserver le patient d’une angoisse incontrôlable ? Heureux les simples d’esprit ? La politique de l’autruche ?

A mon avis il faut continuer à lutter contre ce paternalisme mais il faut s’adapter au cas par cas, ne pas faire flamber une angoisse qui peut être destructrice et contre productive, et surtout, quand c’est possible, dire ce que nous ferions pour nous même ou pour notre famille, même si le vécu de chacun est différent. Souvent cette proposition soulage, guide humainement le patient.