Pressé de rentrer le doc ?

sonnez

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre, Montmartre en ce temps là… bref, laissons les lilas accrochés aux fenêtres, à cette époque je faisais encore des consultations sans rendez-vous. Une organisation qui permettait à tout patient motivé d’être sur de voir un toubib, à partir du moment où il franchissait le seuil d’entrée de la salle d’attente avant l’heure officielle de fermeture (celle notée sur les ordonnances et/ou porte et/ou plaque), au prix d’une attente importante dans un lieu clos, où les germes se mêlaient dans une bacchanale malsaine.  Ce soir là, l’heure de fermeture était  19H00, et entre 18H45 et 18H55, tandis que j’auscultais mon énième patient et que la salle d’attente n’était pas encore vide, j’ai entendu dix coups de sonnettes… Dix nouveaux patients…

Dix doigts,  dix patients ont enfoncé la sonnette sous la pancarte « Sonnez et entrez »… Et les dix sont entrés…

Vers 22H00, enfin, le cabinet était désert. Je savais que j’avais peu de chance de voir éveillé un des membres de ma famille à mon retour au foyer, mais j’avais hâte de quitter ces murs professionnels, et de prendre quelques heures de repos avant la prochaine journée marathon.

Ma sacoche complétée, prête pour les futures visites matinales, je fermais discrètement la porte pour me faire oublier des voisins indulgents et me dirigeais vers ma vieille Twingo. Tout en démarrant, je me fis la promesse de fixer un rendez vous auprès du garagiste, la dernière révision datait un peu. Les rues étaient désertes, et je me réjouissais de ne pas avoir à affronter de bouchon en cette heure tardive.

Au carrefour suivant le feu vira à l’orange devant moi. Las mais « prudent » je ralentis, regardai des deux côtés et je finis par passer à l’orange bien mur… Je poursuivis ma route, me réjouissant (je sais c’est inacceptable, inexcusable) d’avoir gagné ainsi illégalement 3 minutes. Dans mon rétroviseur, j’aperçus au loin une voiture qui me fit des appels de phare. Surement un automobiliste qui avait compris que j’avais grillé ce tricolore et qui voulait me tancer avec  ses feux… de quoi se mêlait il ? Je ne l’avais  aucunement  gêné, ni mis en danger, j’avais pris le temps de réaliser mon forfait et de ne mettre personne en danger… « Vraiment il y a des automobilistes qui râlent pour le plaisir de râler. Des chevaliers blancs de la route !»  me dis je intérieurement tout en constatant qu’il insistait lourdement. Je préférais l’ignorer et je continuais mon chemin, quand après un nouveau coup d’œil dans mon rétroviseur je compris que la voiture qui se rapprochait de moi à grande vitesse était coiffée d’un gyrophare des forces de l’ordre…

Oups ! Tout en mettant mon clignotant pour signifier ma soumission, je tirais et enclenchais très discrètement la ceinture de sécurité que je n’avais pas encore installée…

-Vos papiers s’il vous plait !

J’obtempérai fébrilement, le regard penaud. L’homme de loi, mes documents officiels à la main, fit le tour de ma voiture, regarda ma vignette verte, mon caducée…

Se rapprochant de ma portière, il me lança :

-Vous avez vu que vous avez grillé le feu ?

– Oui, en effet je…

–  Vous êtes de garde ? Vous partiez en intervention ?

–  Non,  balbutiais-je, je rentrais chez moi ! (Enfin une pointe d’honnêteté ? Il était temps…)

–  Vous savez que votre feu STOP arrière droit ne fonctionne pas !

Tout en cherchant une réponse honorable,  je tentais d’évaluer l’importance de la contredanse bien méritée …

–  Écoutez Docteur, je n’ai pas envie d’être méchant ce soir. Ne recommencez plus, respectez la signalisation, faites réparer au plus vite votre feu !  Vous pouvez circuler ! Ah oui ! J’oubliais ! La prochaine fois, ne tentez plus de mettre votre ceinture au dernier moment, c’est vraiment nous prendre pour des c**s ! »

Je n’ai pas toujours eu des rapports simples avec cette corporation mais ce soir là j’avais reçu une sacré leçon. Respect.

police

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Soigner sa famille

scannerCe week-end fut une parfaite déconnexion de ma routine de toubib. Et j’ai pris mon lundi ! La ville de Gant est superbe, et ma tendre moitié a le don incroyable pour nous trouver des locations et des sites merveilleux.

J’admire aussi son courage. L’ échographie que je lui est prescrite quelques jours auparavant, et la réponse de ma consœur spécialiste lui (nous) a fait envisager le pire. S’est greffée une fièvre « zarbi »chez fripouille. J’avoue, je suis un anxieux, un hypersensible, et dès que l’un des miens est souffrant et le diagnostic corrélé à l’évolution ou aux examens complémentaires, j’angoisse.

Je soigne les miens depuis toujours. Parce qu’ils me font l’honneur de me faire confiance, parce que c’est plus simple d’intervenir en direct pour eux comme pour moi, parce que j’ai l’outrecuidance de penser que mon diagnostic n’est pas trop mauvais… mais ce n’est pas facile, car j’envisage toutes les solutions, que je garde le plus souvent pour moi.

Alors ce week-end, assurément, ma moitié m’a bluffé. Quelle maitrise, quel courage, quelle abnégation ! Les femmes sont extraordinaires, les femmes sont courageuses, les femmes sont extraordinairement courageuses ! Et la mienne encore plus !

Cet après midi l’IRM est rassurante. Tandis qu’elle était sous ce grand aimant bruyant, le labo m’appelle pour un patient… résultat nécessitant une action. J’appelle le patient (je ne suis pas supposé travailler le mercredi après midi) … il est très mécontent de mon absence de lundi, qui…, et qui… peu importe !

Peu importe, le radiologue nous convoque,  l’IRM de ma moitié est rassurante… et fripouille n’a plus de fièvre !

Dans la salle d’attente, l’image détournée d’une coupe de scanner, comparée à une demi clémentine nous a amusés…

Carpe diem !