Ma fille, ta première année de médecine

Tu as décidé il y a déjà quelques années de faire médecine… « comme ton papa »…

Tu viens de redoubler ta première année de « PACES » et même si tu tentes de le dissimuler tu attends avec impatience les résultats des examens de décembre.

Tu as choisi de faire médecine il y a quelques années et j’en ai été surpris. Je n’ai jamais essayé de te convaincre de  prendre cette voie, ni essayé de t’en dissuader. C’était ton choix, je n’avais pas à m’immiscer, à t’influencer.

Combien de fois m’ as tu entendu pester contre le système, bougonner contre la sécu, me plaindre de l’irrespect de tel confrère, fustiger le manque de reconnaissance de certains patients, soupirer sous les contraintes administratives, stresser devant les appels téléphoniques du matin, subir les horaires peu compatibles avec la famille, frôler le « burn out »

Au début de mon installation j’enchaînais les gardes, travaillais le samedi après midi, répondais au téléphone jours et nuits.
Je savais que je ne profitais pas assez de toi, ni de tes frères puis soeurs qui sont arrivés après toi. J’ai mis du temps pour modifier les habitudes, faire disparaître la consultation « fleuve »sans rendez vous, réduire les visites chronophages, libérer certains WE, me limiter au samedi matin, refuser la visite nocturne injustifiée.

Tu as voulu faire ton stage de deux semaines en entreprise à mes côtés car tu souhaitais prendre cette voie malgré tout. Cette nouvelle expérience ne t’a semble t il pas découragée.

Sans doute as tu senti au fil de ces années que malgré mes plaintes j’aimais profondément ce métier, que je donnais certes un peu de mon énergie à mes patients, mais qu’ils me donnaient en retour bien plus. Que partager la vie, les bonheurs, les souffrances, des familles était certes un privilège mais surtout une source intarissable d’échanges, d’apprentissages. Qu’être invité par ce métier au milieu des familles, au plus profond des secrets permettait d’acquérir une certaine sagesse, d’apprendre chaque jour la tolérance, l’empathie, d’améliorer son écoute, à reconnaître ses erreurs.

Tes motivations sont peut être ailleurs…

Depuis 1 an et demi, tu travailles avec abnégation, et le succès n’est pas garanti pour autant…

Alors ma fille, maintenant tu attends tes premiers résultats. Je culpabilise car il est probable que je sois directement ou indirectement responsable de ton choix. Ces deux ans d’études sont bien longues et pleines de sacrifices. Dis toi que tu n’as pas de regrets à avoir, tu as fait le maximum. Comme mon patient Ahmed que tu as croisé lors de ton stage, soit fataliste, philosophe. Que tu fasses médecin ou un tout autre métier, ce que tu as appris pendant ces deux années n’est pas perdu: tu as appris à travailler, à t’organiser, à gérer l’effort au quotidien. Dans ta vie si tu arrives à composer entre ta famille, tes amis, ton métier, si tu y mets énergie, tolérance, passion, alors tu seras sûrement heureuse, médecin ou pas.

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