Laboratoires et toubibs. Visiteurs médicaux et …stylos !

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Les visiteurs médicaux

Depuis toujours, ils m’ont ennuyé, lassé, agacé.

Du haut de ma morgue je me persuadais que ces visites n’avaient aucun impact sur ma liberté de penser/prescrire, et les données scientifiques mises en avant  étaient franchement légères, voire insupportables pour une jeune oreille fraichement formatée. Alors, las de critiquer certaines paramètres tronqués mis en exergue par ce brave commercial, je finissais par sourire naïvement afin d’écourter au plus vite cet « échange » unilatéral, que j’acceptais encore, par politesse. Mais avant tout, elles me déplaisaient parce qu’elles interrompaient mon travail, ma pause, ma lecture, ma réflexion …

Lorsque j’étais interne, les infirmières me suppliaient presque : « Allez, elle est vachement sympa !»

Bon ok, j’y allais, par respect pour ce travail, ou par sympathie pour un(e) jeune commercial(e) débutant(e).

Lorsque  je me suis installé, avec l’aide de mon confrère, nous avons progressivement modifié les habitudes ancestrales qu’avait instaurées, malgré lui, mon illustre prédécesseur. Les visiteurs médicaux pendant les consultations sans rendez vous trouvaient porte close, la rencontre était désormais possible uniquement sur rendez vous. Le rythme était imposé : débutant à 1 visite labo sur rendez-vous /J, au fil des années  on est arrivé progressivement à 1 visiteur médical/semaine et uniquement au printemps !  …jusqu’à la disparition totale de ce passage commercial.

Plus de visiteurs médicaux depuis 7 à 10 ans…

Aujourd’hui, avec le recul, ne plus recevoir les laboratoires me permet sans doute d’être moins influencé, mais avant tout chose, égoïstement, je me félicite du temps ainsi économisé, utilisé à ruzzle à d’autres tâches.

Malgré cela ne nous leurrons pas, même en refusant les visiteurs médicaux, profession sinistrée, moribonde, même en évitant les invitations labo colloques/repas etc.. les médecins sont tous baignés par le commercial/publicité. Difficile de ne lire que la revue « prescrire » et les sites internet sans publicités. Il y a des courriers qu’il faut ouvrir, des journaux médicaux (avec publicité) distribués gratuitement, qui malgré nous imprègnent notre cortex occipital, des publications web limites dont les liens sont adressés par des confrères respectables, respectés, et puis il y a …des STYLOS…

Mea culpa… il y a quelques jours, dans une enveloppe, ce stylo y était il ?  Ou  a-t-il été glissé dans la boîte aux lettres et récupéré par le secrétariat ? A moins qu’il n’ait été déposé sur le meuble de l’entrée par un commercial fourbe ?

… bref, dans le feu de l’action « d’une ordonnance entre deux » dans le secrétariat, j’ai subtilisé ce stylo maudit et comble de malheur l’ai depuis maintes fois utilisé…

Ne serai je donc jamais libre ? Le conflit d’intérêt une malédiction éternelle ?

Ce soir, penaud, je rejoindrai ma chaumière, le cœur lourd d’avoir trahi, mes vertueux confrères, mes valeurs, et surtout mes patients…

Qu’ils me pardonnent cette terrible « erreur de jugement »(dixit GSK, oups DSK), on ne m’y prendra plus…

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PS : en brisant le stylo, celui ci m’a infligé une légère entaille palmaire : Le message du labo, malgré moi,  une dernière fois, me pénétra…